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La Stratégie Du Poulpe -Serge-FREYDIER
21 mars 2017

Avez vous un job à la con ?

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On retrouve la question de David GRAEBER à la biennale internationale du design de Saint-Etienne consacrée aux mutations du travail.

http://www.biennale-design.com/saint-etienne/2017/fr/home/

Dans un essai il décrit ce qu’il a baptisé le «phénomène des jobs à la con». Soit, selon lui, l’aliénation de la vaste majorité des travailleurs de bureau, amenés à dédier leur vie à des tâches inutiles et vides de sens, tout en ayant pleinement conscience de la superficialité de leur contribution à la société.


En introduction, David Graeber cite Keynes, qui, en 1930, prédisait que les avancées technologiques permettraient d’ici la fin du XXe siècle de réduire le temps de travail hebdomadaire à 15 heures par semaine. Pourtant, si la robotisation du travail a bien eu lieu dans de nombreux secteurs, «la technologie a été manipulée pour trouver des moyens de nous faire travailler plus», énonce Graeber. «Pour y arriver, des emplois ont dû être créés et qui sont par définition, inutiles», explique-t-il, donnant en exemple «le gonflement, non seulement des industries de service, mais aussi du secteur administratif, jusqu’à la création de nouvelles industries comme les services financiers, le télémarketing, ou la croissance sans précédent de secteurs comme le droit des affaires, les administrations, ressources humaines ou encore relations publiques».

Et Graeber de conclure : «C’est comme si quelqu’un inventait tout un tas d’emplois inutiles pour continuer à nous faire travailler.»


Comment définir un emploi inutile ? Provocateur, Graeber propose la méthode empirique suivante : imaginer ce que serait le monde sans «les jobs à la con». «Dites ce que vous voulez à propos des infirmières, éboueurs ou mécaniciens, mais si ils venaient à disparaître dans un nuage de fumée, les conséquences seraient immédiates et catastrophiques, écrit-il. Un monde sans profs ou dockers serait bien vite en difficulté, et même un monde sans auteur de science-fiction ou musicien de ska serait clairement un monde moins intéressant. En revanche, il n’est pas sûr que le monde souffrirait de la disparition des directeurs généraux d’entreprises, lobbyistes, assistants en relation presse, télémarketeurs, huissiers de justice ou consultants légaux. Beaucoup soupçonnent même que la vie s’améliorerait grandement.»

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Dans le monde occidental, «les métiers productifs ont été automatisés» poursuit-il, alors qu’aux Etats-Unis et au Royaume-Uni, en un siècle, «les emplois en tant que professionnels, clercs, managers, vendeurs et employés de l’industrie de service ont triplé, passant de un quart à trois quarts des employés totaux». L’anthropologue remarque par ailleurs l’existence d’un corollaire paradoxal : plus un travail est utile à la société et moins il est payé. Et bien souvent déconsidéré, même si Graeber reconnaît quelques exceptions, comme les médecins. Pendant ce temps-là, un nombre toujours plus important de «gratte-papiers» travaillent entre 40 et 50 heures par semaine à des tâches absconses, qu’ils accomplissent souvent dans les 15 heures prédites par Keynes, passant «le reste de leur temps à organiser ou aller à des séminaires de motivation, mettre à jour leur profil Facebook ou télécharger des séries télévisées». L’auteur conclut que le néolibéralisme en est paradoxalement arrivé au même point que les systèmes soviétiques de la deuxième moitié du XXe siècle, c’est à dire à employer un très grand nombre de personnes à ne rien faire. Une aberration à l’encontre des principes du capitalisme, et d’autant plus incompréhensible compte tenu de l’important nombre de chômeurs dans les pays industrialisés.

Graeber pense que «la classe dirigeante a réalisé qu’une population heureuse et productive avec du temps libre était un danger mortel» donc le travail inutile continue à prospérer.

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19 mars 2017

Rencontre au sommet avec Nadir Dendoune

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Son périple me parle. Moi qui enseigne les sciences sociales au lycée, je sais combien nous sommes le produit de notre histoire. Depuis les travaux du sociologue Pierre Bourdieu on sait que la destinée de chacun est fortement marquée par le milieu social. Si vous ne me croyez pas regarder les origines sociales des principaux candidats à la présidentielle de 2017.

Et il en faut de l’énergie et de la capacité d’adaptation pour échapper aux obstacles dressés sur notre route…Mais le problème c’est que certaines routes ont plus d’obstacles que d’autres, comme si on voulait barrer la route…

Quand le journaliste Nadir Dendoune a conquis l'Everest en 2008, il voulait adresser "un message politique à la France". Cette France marquée à l’époque par les gesticulations sécuritaires et karcherisantes de Nicolas Sarkozy.

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Fils d’immigrés algériens, Nadir est un enfant du 93 qui a grandi avec pour seuls sommets les barres HLM de sa cité. Mais ce n’est pas parce qu’on est né du mauvais côté du périph’ qu’on est obligé d’y rester ! Après un tour du monde à vélo réalisé en solo, il décide de s’attaquer à l’Everest et s’invente un faux CV d’alpiniste afin de convaincre un guide de l’y emmener. Arrivé sur place, la supercherie ne tient pas longtemps, et face à la difficulté de l’ascension, tous pensent qu’il va rapidement renoncer. C’est justement pour ça qu’il a continué. La colère est toujours une motivation profonde chez Nadir. Mais pas seulement il y a aussi cette volonté d’échapper à un enlisement social, si l’ascenseur social est en panne il prend l’escalier, si l’escalier est bouché il passe par la fenêtre.

« Mon Everest, c’était de vivre des rêves de riches. Ces rêves qu’on m’a toujours refusés. Et ceux qu’on a refusés à mes parents. Alors, j’ai rêvé de voyages et je suis parti pédaler autour du monde. »

« J’ai rêvé de soleil, de plage et de bombasses et je suis allé en Australie. »

« J’ai rêvé de pouvoir raconter nos histoires et je suis devenu journaliste et « écrivain » et j’ai publié 4 livres. »

« J’ai rêvé d’exploit et je suis devenu le premier Maghrébin sur l’Everest. Cela s’est joué à pas grand chose. J'aurais pu finir grand délinquant. Avec le recul et la maturité avec, j'ai compris qu'en vrai, le bonheur n’est jamais vraiment loin… Suffit juste parfois de regarder ailleurs . »

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Depuis le 25 janvier 2017 vous pouvez découvrir en salles, le film l'Ascension, retraçant le périple de Nadir Dendoune ..Tiré de son livre "Un tocard sur le toit du monde" publié en 2010, ce film interprété par Mohamed Sylla, Alice Belaïdi, Kevin Razy ,... montre à travers cette aventure-romantique que les habitants des banlieues sont capables de sentiments, comme tout un chacun. Vous découvrirez que, contre vents et marées, un individu sans déplacer des montagnes peut au moins les gravir, et même la plus haute d'entre elles (8.848 mètres).

  Nadir était samedi 18 mars au Mélies de Saint-Etienne pour en parler....

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« La haute montagne, c'est un sport de blanc, de bourgeois. Je voulais aller là où on ne m'attend pas » « De la part des alpinistes, j'ai ressenti un vrai mépris de classe. »

« Sans faire pleurer dans les chaumières, nous, les Arabes, on nous voit au mieux comme des footballeurs ou des rappeurs, au pire comme des dealers. Jamais en chef d'orchestre ou danseur étoile, par exemple ». « Je ne suis pas un exemple, mais une exception. Je ne veux pas qu'on se serve de mon parcours pour faire croire qu'il suffit de vouloir pour y arriver. C'est toujours plus facile pour un bourgeois de Neuilly-sur-Seine » 

« Sans faire pleurer dans les chaumières, nous, les Arabes, on nous voit au mieux comme des footballeurs ou des rappeurs, au pire comme des dealers. Jamais en chef d'orchestre ou danseur étoile, par exemple ». « Je ne suis pas un exemple, mais une exception. Je ne veux pas qu'on se serve de mon parcours pour faire croire qu'il suffit de vouloir pour y arriver. C'est toujours plus facile pour un bourgeois de Neuilly-sur-Seine »bourgeois de Neuilly-sur-Seine »  

Nos rêves de pauvres , le nouveau livre de Nadir Dendoune est disponible depuis le 1er mars Il y décrit le parcours de son père, Kabyle, arrivé en 1950 en Ile-de-France, de sa mère ayant élevé leurs enfants dans un bidonville jusqu'à leur installation dans une HLM de L'Ile-Saint-Denis en 1968, mais aussi l'entrée dans une institution de son père, atteint de la maladie d'Alzheimer.

« J'ai raconté le passé pour ne jamais oublier. L'histoire du clan Dendoune ne touche pas seulement dans les quartiers populaires. Pas seulement au sein des familles maghrébines. Pas seulement chez ceux qui ont décidé un jour de faire le pari de l'exil. L'histoire de la famille Dendoune, c’est aussi une histoire française. »