IV. Dernier Lacan + Deleuze & Guattari
IV. Dernier Lacan + Deleuze & Guattari
Avec le sinthome, l'agencement et la déterritorialisation : comment sortir de l’ordre social de l’inconscient?
Après avoir décrit comment le sujet est façonné par le symbolique (Lacan) et le social (Bourdieu), il nous faut penser ce qui permet de s’en dégager partiellement — non en s’arrachant au monde, mais en reconfigurant son rapport à celui-ci. Cette ouverture est précisément rendue possible par la rencontre entre le dernier Lacan et Deleuze & Guattari.
Après avoir montré comment le sujet est structuré par le symbolique (Lacan) et par les champs sociaux (Bourdieu), il reste à penser ce qui permet de se déprendre, au moins partiellement, de cet enchevêtrement. Ni fuite mystique, ni liberté illusoire : une reconfiguration du rapport au monde.
Cette ouverture devient possible grâce à la rencontre entre :
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le dernier Lacan, qui déplace la psychanalyse vers la singularité du sinthome
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Deleuze & Guattari, qui pensent le désir comme puissance de création, d’agencement et de déterritorialisation
Ces deux pensées, souvent opposées, se rejoignent pourtant sur un point essentiel : il existe un mode d’existence qui échappe aux déterminations dominantes, non en les niant, mais en les reconfigurant.
Dans son dernier enseignement, Lacan ne cherche plus à interpréter l’inconscient comme un texte. Il s’intéresse à ce qui, en chacun, fait tenir le sujet malgré l’absence de garantie ultime.
C’est le sinthome (avec th) :
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une organisation singulière de la jouissance
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un mode de nouage du Réel, du Symbolique et de l’Imaginaire
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un bricolage existentiel, non interprétable
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une manière propre de supporter l’être et le monde
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une invention personnelle, irréductible à la norme
Là où le symptôme demande interprétation, le sinthome demande soutien.
Il n’est pas à dissoudre, mais à apprivoiser. C’est ce qui permet à un Joyce, un artiste, un artisan, un mystique, un marginal, un sportif, de tenir debout malgré — ou grâce à — son étrangeté.
Dans ta théorie, le sinthome est ce qui ouvre une singularité au sein même de l’ordre social de l’inconscient.
Chez Deleuze & Guattari, le sujet n’est pas une entité fixe, mais une multiplicité en mouvement. Le désir n’est pas manque (contre Lacan), mais production, flux, puissance d’agencement.
Trois notions sont essentielles :
Un agencement est une composition hétérogène : humains, objets, affects, signes, lieux, machines. Il produit un certain fonctionnement, une manière d’être.
Le devenir n’est pas imitation, mais transformation : devenir-animal, devenir-femme, devenir-enfant… Ce sont des lignes de variation qui échappent aux identités fixes.
C’est le mouvement par lequel un agencement rompt avec ses coordonnées habituelles. Non pas fuite hors du monde, mais changement de mode d’être dans le monde.
Donc, Deleuze & Guattari montrent comment le désir peut bifurquer, inventer, s’échapper des déterminations sociales.
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le sinthome est une singularité interne (un nouage propre de la jouissance)
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l’agencement est une singularité externe (une composition de forces, d’objets, de relations)
Les deux peuvent se répondre.
Le sinthome donne une consistance au sujet.
L’agencement ouvre des possibles dans le monde.
Ensemble, ils permettent :
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de déplacer les déterminations symboliques
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de contourner les déterminations sociales
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de créer des modes d’existence inédits
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de tracer des lignes de fuite qui ne sont pas des fuites hors du réel
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de produire une puissance d’agir nouvelle
Là où l’habitus enferme, le sinthome ouvre une singularité.
Là où le champ normativise, l’agencement produit du possible.
Retour au plan: Présentation de notre théorie de l’Ordre social de l’inconscient Serge Freydier - Site de SES -Serge-FREYDIER