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Site de SES -Serge-FREYDIER
9 février 2026

I. Lacan – L’entrée dans l'imaginaire et le symbolique

 L’entrée dans l’Imaginaire : du conatus au corps
Avant même l’entrée dans le langage, le conatus — cette poussée à persévérer dans l’être — doit se fixer, se localiser, se donner une forme sensible. Chez Lacan, cette opération passe par l’Imaginaire, et plus précisément par le stade du miroir. L’Imaginaire n’est pas un simple registre des images : il est le lieu où le vivant devient corps unifié, là où une énergie affective diffuse se rassemble dans une figure reconnaissable.

Le nourrisson ne fait d’abord l’expérience que d’un corps morcelé, traversé de tensions, d’excitations et d’affects sans cohérence. Le miroir — qu’il soit réel ou incarné par le regard de l’Autre — offre une image totale, stable, maîtrisée. En s’y identifiant, le sujet anticipe une unité qu’il ne possède pas encore. Cette identification est fondamentalement méconnaissance : le moi (ego) se constitue sur une image extérieure, idéalisée, qui masque la fragilité réelle du corps vivant.

 

C’est ici que le conatus trouve sa première incarnation sociale. Il ne persévère pas seulement biologiquement : il s’investit narcissiquement. Le désir d’être, de durer, de s’affirmer, se transforme en désir d’image, de reconnaissance, de consistance. L’Imaginaire est donc le registre où le conatus devient amour de soi, mais aussi rivalité, comparaison et agressivité. Le corps imaginaire est toujours déjà pris dans une relation à l’autre : je me vois comme je crois être vu.

Cette fixation imaginaire est indispensable, mais instable. Le moi qu’elle produit est à la fois nécessaire et trompeur : nécessaire parce qu’il donne au sujet un point d’appui, trompeur parce qu’il repose sur une illusion d’unité et de maîtrise. L’Imaginaire donne un corps au conatus, mais un corps vulnérable, dépendant du regard et du désir de l’Autre. C’est précisément cette fragilité qui rend indispensable une autre opération : l’entrée dans le Symbolique.

 L’entrée dans le Symbolique
Avec Lacan, l’humain ne devient véritablement sujet qu’en entrant dans le langage, c’est-à-dire dans l’Autre symbolique. Cette entrée ne prolonge pas simplement l’Imaginaire : elle le traverse, le limite et le désorganise partiellement. Le langage introduit une coupure là où l’Imaginaire cherchait la continuité.

Cette coupure est ce que Lacan nomme la castration symbolique. Elle ne renvoie pas à une perte réelle, mais à l’opération par laquelle le sujet accepte qu’il existe un manque constitutif dans le langage et dans l’être. On ne peut pas tout dire, tout être, tout jouir. Là où l’Imaginaire promettait une complétude, le Symbolique introduit une impossibilité structurante. C’est cette impossibilité qui rend le désir pensable et durable.

Le sujet se constitue alors comme manque-à-être, noté $. Le signifiant le représente, mais jamais totalement : il est toujours divisé entre ce qu’il voudrait être (héritage imaginaire) et ce que le langage lui permet d’être. Cette division n’est pas un accident psychologique, mais la condition même de la subjectivité parlante.

La fonction du Nom-du-Père vient stabiliser cette structure. Il ne s’agit pas du père réel, mais d’une fonction symbolique qui introduit la loi, ordonne les signifiants et rend le monde intelligible. Le Nom-du-Père limite la toute-puissance imaginaire, interdit la fusion avec l’Autre et rend possible une circulation réglée du désir. Il est la garantie minimale de cohérence du champ symbolique.

 

Le désir s’organise alors autour de l’objet a, non pas objet réel, mais cause du désir : reste irréductible produit par l’entrée dans le symbolique, trace de ce qui a été perdu sans jamais avoir été possédé. L’objet a est ce qui échappe à la signification complète et met le sujet en mouvement, au-delà des identifications imaginaires.

 

La jouissance, enfin, désigne ce qui excède le plaisir et résiste à la symbolisation. Lacan en distingue deux régimes :

une jouissance phallique, limitée, réglée par le symbolique ;

une jouissance de l’Autre, illimitée, hors-sens, proche du Réel.

Enfin, Lacan montre que le Symbolique n’est jamais purement individuel. Il est organisé par des discours qui structurent les rapports sociaux. Les quatre discours — Maître, Universitaire, Hystérique, Analyste — ne sont pas des styles de parole, mais des matrices sociales du désir. Le discours du Maître fixe l’ordre et les légitimités ; le discours Universitaire le rationalise par le savoir ; le discours de l’Hystérique le met en crise ; le discours de l’Analyste ouvre un espace de déliaison et de singularité.

 

 

 

Le sujet apparaît ainsi comme un effet du signifiant, pris dans des structures symboliques qui le dépassent — et qui préfigurent déjà les hiérarchies, les habitus et les mécanismes de domination que Bourdieu analysera sur le plan sociologique.

Le conatus devient socialement efficace lorsqu’il est symboliquement reconnu, imaginairement investi et pratiquement incorporé.
 

Retour au plan: Présentation de notre théorie de l’Ordre social de l’inconscient Serge Freydier - Site de SES -Serge-FREYDIER

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